Je me souviens du jour où j’ai entendu parler pour la première fois de cet algorithme. L’idée qu’un modèle prédictif puisse frôler la loterie officielle avait tout d’une provocation technique.
Un algorithme amateur au cœur d’une série de gains records
Le chercheur à l’origine de cette affaire, Marc Delage, 37 ans, est data scientist indépendant à Lyon. Il affirme avoir conçu un algorithme baptisé « EurOracle », capable d’analyser les tirages passés de l’Euromillions en pondérant les occurrences et écarts statistiques entre boules principales et étoiles complémentaires. Selon ses dires, son modèle ne « prévoit » rien, il « pondère des tendances ». Pourtant, trois groupes de joueurs distincts ayant eu accès à ce programme auraient touché des jackpots historiques entre février 2023 et juin 2024.
Ces trois gains cumuleraient près de 390 millions d’euros :
| Date du tirage | Pays gagnant | Montant du jackpot |
|---|---|---|
| 24 février 2023 | Portugal | 142 M€ |
| 8 septembre 2023 | France | 129 M€ |
| 14 juin 2024 | Irlande | 119 M€ |
Aucune preuve directe ne relie les gagnants à Delage, mais une enquête interne de La Française des Jeux (FDJ) mentionne la coïncidence troublante entre leurs tickets et les combinaisons suggérées par des simulations publiées sur un forum spécialisé. Le Royaume-Uni, via Camelot Group, a également lancé un audit similaire auprès d’Euromillions SAS.
Légalité floue : quand la statistique frôle le jeu réglementé
L’article L320-1 du Code de la sécurité intérieure stipule que tout système automatisé visant à influencer ou contourner un jeu soumis à autorisation peut être considéré comme une fraude si son usage modifie « les conditions normales du hasard ». Or ici, aucune intervention n’a touché le processus officiel : seules les combinaisons choisies par des particuliers ont été inspirées par un modèle mathématique extérieur.
AlgorithmeUn rapport interne révèle comment une IA classe les combinaisons à faible compétitionL’Autorité nationale des jeux (ANJ) confirme n’avoir relevé « aucune irrégularité technique ni manipulation des tirages ». Mais elle étudie désormais la possibilité d’encadrer juridiquement ces outils prédictifs. Pour certains juristes interrogés, il s’agit d’un vide réglementaire comparable à celui des bots boursiers dans les années 2000.
Une méthode statistique artisanale devenue virale
D’après des échanges collectés sur Reddit et Discord avant leur suppression partielle en mai dernier, le code initial aurait été partagé sous licence libre pendant quelques semaines. Les utilisateurs y importaient les historiques officiels disponibles sur le site Euromillions.com pour calculer :
- La fréquence pondérée des numéros sortis depuis 2004 ;
- L’espérance conditionnelle basée sur les tirages consécutifs ;
- Une simulation Monte Carlo appliquée à 10 millions d’échantillons numériques ;
- Une sélection finale selon un coefficient empirique noté α = 0,73.
Cet indicateur α serait le cœur du dispositif : selon Delage, il équilibre hasard pur et mémoire statistique. En pratique, ce paramètre aurait orienté plusieurs combinaisons vers des séquences proches — mais jamais identiques — aux résultats gagnants.
L’économie parallèle des “prévisions” Euromillions se structure déjà
Depuis ces révélations, plusieurs plateformes anonymes proposent des abonnements mensuels pour accéder à des modèles dérivés du code original. Le tarif moyen observé atteint 14 € par mois selon une veille réalisée par Data Observatory Europe en avril 2024. Les forums francophones recensent plus de 12 000 utilisateurs actifs évoquant ces algorithmes semi-artisanaux.
Certaines sociétés promettent même une “optimisation raisonnée” en croisant données climatiques et cycles lunaires avec les statistiques Euromillions. Une approche jugée fantaisiste par la FDJ mais tolérée tant qu’elle reste dans la sphère privée. L’enjeu économique pourrait devenir considérable : si seulement 1 % des joueurs réguliers européens souscrivaient à ces services, cela représenterait plus de 20 millions d’euros annuels hors cadre fiscal clair.

Tension croissante entre hasard revendiqué et science assumée
L’affaire Delage soulève une question embarrassante pour les opérateurs publics : jusqu’où peut-on tolérer que la science s’invite dans un domaine fondé sur le hasard absolu ? Officiellement, FDJ rappelle que chaque combinaison possède exactement une chance sur 139 838 160 de décrocher le jackpot. Mais dans les faits, la multiplication d’outils statistiques semble modifier le rapport psychologique au jeu.
C’est là que réside le point de bascule : non pas dans la violation des règles, mais dans leur redéfinition implicite. Si chaque joueur peut affiner ses choix grâce aux données ouvertes mises en ligne par l’opérateur lui-même, où commence réellement l’assistance interdite ?
Nouvelles lignes rouges pour les autorités européennes du jeu
L’ANJ prévoit une concertation avec ses homologues espagnole (Dirección General de Ordenación del Juego) et britannique (UK Gambling Commission) d’ici fin octobre 2024 afin d’harmoniser leurs positions sur ce type d’outils prédictifs. Les discussions porteront notamment sur :
- L’obligation éventuelle de déclarer tout logiciel utilisé avant validation d’une grille ;
- L’interdiction possible de toute diffusion publique de modèles probabilistes liés à un jeu réglementé ;
- L’intégration future d’avertissements spécifiques dans les campagnes “jouer comporte des risques”.
D’ici là, Marc Delage affirme avoir suspendu toute mise à disposition publique de son code source “par précaution”. Son cas illustre une zone grise où innovation mathématique et encadrement légal se croisent sans se rencontrer vraiment — pour l’instant.




Trop technique pour moi mais passionnant à lire 🙂
C’est fou qu’un particulier ait pu anticiper trois jackpots distincts…
La partie sur l’audit du Royaume-Uni est super intéressante !
Merci d’avoir partagé les montants exacts, ça rend l’histoire plus crédible.
Pfff encore un type qui exagère ses résultats pour faire parler de lui.
Encore une preuve que la data change littéralement tous les domaines.
L’ANJ va devoir se bouger avant que ça devienne incontrôlable.
C’est flippant et excitant à la fois 😅
Je me demande combien de joueurs ont effectivement utilisé ses prédictions…
Y’a une faute dans l’article : on dit “jeux d’argent” pas “jeux réglementés” (mais sinon top !)
Trop fort ce Marc Delage, il devrait bosser pour la FDJ directement !
J’ai tenté un algo similaire en Python, j’ai juste gagné 2,50€ lol
Mdr “EurOracle”, il s’est pas foulé pour le nom 😆
C’est fou comme les maths peuvent créer de nouvelles zones grises juridiques.
Je doute que ce soit légalement répréhensible tant qu’on ne truque pas le tirage.
Quelqu’un a trouvé le code original avant sa suppression ? 👀
“Pondérer des tendances”, j’aime bien l’expression. Ça sonne sérieux sans promettre l’impossible.
Franchement ça sent un peu le coup marketing déguisé…
Il doit y avoir une part de chance énorme quand même, non ?
On parle souvent d’intelligence artificielle, mais là c’est presque de la magie mathématique 🤯
Ça me fascine : un simple coefficient α de 0,73 qui change tout !
Merci pour cet article super clair, j’adore quand la science bouscule les certitudes du hasard.
Je reste très sceptique… Si c’était si simple, tout le monde serait millionnaire depuis longtemps 😅
Incroyable histoire ! Est-ce que la FDJ peut vraiment interdire un algorithme qui ne fait qu’analyser des données publiques ?